La vénusté décalée d'une Lilith décomplexée
J'ai du mal avec le sommeil, je l'ai déjà dit. Et parmi les façons d'occuper mes nuits d'insomnie, il y en a une qui me tient particulièrement à cœur et dont je voudrais vous faire part.
Ça remonte à loin maintenant, à l'époque où je vivais encore chez Papa/maman, quand y'avait toujours plein de trucs à manipuler dans la cuisine. Non pas des couteaux. Pas la scie sauteuse non plus. Ni l'huile bouillante, ça suffit maintenant! Moi je vous parle d'ingrédients culinaires et de toute la batterie de cuisine qui va avec. Parce que même si la cuisine de mes parents n'est pas bien grande, elle est toujours bien remplie.
Flashback, plantons le décors. Une heure du matin, j'ai 15ans et ça fait deux heures que je cherche vainement le sommeil ; il est pas sous mon lit, ni dans la penderie et encore moins dans les toilettes. Décidée à mette la main sur ce foutu Morphée, je décide de l'attirer à moi par le doux fumet que dégagera un bon gâteau au chocolat. Je file en cuisine, noue un tablier autour de ma tenue chaussettes-pyjama, et farfouille. Frigo, placard de gauche, placard de droite, je prends tout ce qui pourra m'être utile pour faire de la pâtisserie improvisée. D'un livre de recette, nul besoin, car ce type de gâteau j'en fais trois nuits par semaine depuis que j'ai 12 ans. Et oui!
Alors que la maisonnée est endormie, je m'acharne à mes fourneaux, et j'ajoute les œufs, la farine, le chocolat sans même me servir de balance ; je connais si bien ce gâteau que je le fais à vue de nez. Parfois, je me lance dans des tentatives farfelues en ajoutant un ingrédient nouveau à la recette. Ingrédient qui fait toujours mouche. Pas un seul de mes gâteau n'a jamais ressemblé à un autre, même si la recette reste a priori la même. Mais à chaque fois ils sont réussis.
Une fois la pâte finie, je l'enfourne, lèche le plat (slurp, le meilleur moment) et attends. Je regarde le gâteau cuire dans ce four dont la petite lumière est la seule source lumineuse dans l'obscurité de la maison. C'est beau, la pâte qui monte, et ce fumet qui se répand attire peu à peu Morphée. Une fois le temps de cuisson passé, je sors le gâteau, le couvre de papier alu (à cause du chien) et file sous la couette. Comme prévue Morphée est arrivé, gourmand qu'il est, guidé par l'odeur du chocolat. Et moi, satisfaite, calmée, je m'endors sereine.
Le lendemain matin, les parents ont compris que j'avais pas beaucoup dormi, mais ils sont ravis ; ils auront du gâteau pour le petit dej'.
Ce genre de pulsion n'était par rare durant mon adolescence. Et ça me manque un peu. Depuis que je suis à Paris, je n'ai pas de four, donc même si je peux toujours manger la pâte crue, je suis privée du comatage, dans le noir, devant le gâteau qui cuit.
C'est décidé, je vais investir dans un mini-four. Et dans du chocolat.